Forçats de l'effort
Philippe MENARD
Le triathlon fait de l'endurance la reine des vertus. Au Team
Charentes Triathlon, on pratique aussi le sprint. Le club n'a que
quelques mois d'existence, mais il vit à cent à
l'heure et parade déjà sur les podiums.
Stéphane Marsaudon et Éric Pericaud, deux de ses
fondateurs, ont remporté un premier pari : démontrer
que cette discipline exigeante avait sa place à
Cognac.
Dimanche, avec quatre de leurs camarades, ils porteront les
couleurs de la cité des eaux-de-vie à «
l'Ironman de France » à Nice. « Ironman »
se traduit par « homme de fer », et voici pourquoi :
prenez 3,8 km de natation, ajoutez 180 km de vélo, couronnez
le tout d'un marathon (42,195 km pour être précis) et
dîtes-vous que ces joyeux drilles s'avalent ça d'une
traite. « C'est l'équivalent de sept matches de foot,
sans soigneur, ni mi-temps, ni remplaçant ! », s'amuse
Stéphane Marsaudon. Plus rigolo à dire qu'à
faire? Mais c'est le genre d'épreuve où on ne
débarque pas sur un coup de tête. Les
triathlètes sont souvent des sportifs de longue date en
quête de sensations plus âpres, plus denses.
Une épreuve à Cognac. « J'ai toujours
aimé le sport, mais beaucoup de disciplines sont pourries
par l'argent. Je voulais trouver d'autres valeurs. Je me suis
lancé un défi il y a quatre ans, et c'est devenu une
passion », raconte Stéphane Marsaudon. L'architecte
d'intérieur, âgé de 46 ans, a rejoint le club
de Saintes. Mais il habite Julienne, et avec quelques comparses
d'effort, il voulait recréer un club plus près de ses
terres. Il en est devenu président, suivi par 7
licenciés de Saintes, une poignée d'autres qui
portaient les couleurs d'Angoulême ou La Rochelle, et une
cohorte de novices. Sur les 32 licenciés du club,
fondé en octobre, la moitié n'avait jamais
prié l'austère trilogie nage, vélo et course
à pied.
L'affaire avait pourtant commencé par un couac.
Stéphane Marsaudon et ses amis saintais voulaient inaugurer
le premier Triathlon de Cognac fin septembre, mais le dossier,
construit un peu tardivement, n'avait pu aboutir. La
première édition attendra le 28 septembre 2008, avec
cette fois tout le temps nécessaire pour tisser un bel
événement. La municipalité est sur la
même longueur d'ondes. Deux créneaux à la
piscine avaient été accordés au club né
en octobre, le mardi et le samedi de 7 h 15 à 8 h 45. Un
troisième va s'ajouter à la rentrée le
dimanche matin, plus une ligne d'eau dédiée aux
enfants le mercredi de 17 h 30 à 19 heures.
« S'entraîner devient un deuxième
métier. Quand tu fais un Ironman, tes amis, tes proches font
des sacrifices »
Depuis deux mois, le club engrange les bons résultats. Au
titre de vice-champion régional par équipe en
duathlon sprint, à Parthenay, le 27 avril, devant quelques
cadors, s'est ajouté un autre en triathlon longue distance,
dimanche à Sireuil. Bruno Mercier, en individuel, et
Christelle Frapin, chez les « vétéranes
», ont également apporté au club deux
deuxièmes places régionales.
La longue distance (3 km de natation, 80 km de vélo, 20 km
de course) est particulièrement prisée au sein du
club cognaçais, quand ils ne s'offrent pas le double avec
« l'Ironman ». Un peu moins de 9 heures d'efforts pour
les meilleurs, onze pour un amateur passionné comme
Stéphane Marsaudon. « C'est une école de la vie
comme il n'y en a plus beaucoup », estime-t-il. « Sur
dix heures de course, tu passes par tous les stades, l'euphorie, le
découragement? », rebondit Éric
Péricaud. L'employé d'Aérazur,
âgé de 39 ans, a toujours goûté
l'extrême. En enduro, d'abord. C'est pour préparer la
rugueuse course Gilles Lalay qu'il avait intégré la
pratique du triathlon. Depuis, il a arrêté la moto
mais persévère à courir. En 2000, à
Nice, il avait décroché sa qualification pour le
Championnat du monde d'Ironman, au Canada. Il espère faire
de même dimanche. Trois ou quatre éléments de
Cognac peuvent rêver d'une qualification pour le championnat
du monde qui aura lieu cette fois à Hawaï, même
si le plateau est encore plus relevé, 2 700 inscrits contre
1 200 l'an dernier.
« Le triathlon, c'est une hygiène de vie, cela fait
partie de la vie de tous les jours », témoigne
Éric. « S'entraîner devient un deuxième
métier. Quand tu fais un Ironman, tes amis, tes proches font
des sacrifices. Tu ne fais pas un Ironman tout seul. Dans un coin
de ma tête, quand je cours, je pense à mes enfants
», poursuit Stéphane. Dans ce sport, il faut vraiment
aimer se faire mal? « C'est une philosophie, qui demande du
courage et un mental de fer. Il faut oser », lancent les
forçats de l'effort.
Photo. H.J.B






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